morceau choisi de “La Libellule” d’Amelia Rosselli

“Toi dissipe si tu veux cette vie dissipée dissipe
toi mes changeantes raisons, dissipe le nombre
trop élevé de requêtes qui m’agonisent :
dissipe l’horreur, déplace l’horreur au bien. Toi
dissipe si tu veux cette faible vie qui se plaint,
car je ne trouve pas, et je n’ose me dissiper. Toi
dissipe, si tu peux, si tu sais, si tu en as le temps
et l’envie, si c’est le moment, si c’est possible, si
sans faiblir tu te plains, cette vie mienne qui ne
se plain pas. Toi dissipe la montagne qui m’empêche
de te voir ou bien d’avancer; rien ne se peut dissiper
qui déjà ne se soit raffaissé. Toi dissipe si tu
veux cette faible vie mienne enchantée à
chaque passage de faible beauté; toi dissipe
si tu veux cet enchantement mien, – toi dissipe
si tu veux mon éternelle recherche du beau et
du bon et des parasites. Toi dissipe si tu peux
mon enfantinage; toi dissipe si tu veux,
ou peux, mon enchantement de toi, qui n’est pas fini:
mon rêve de toi que tu dois forcément seconder,
pour diminuer. Dissipe si tu peux la force qui
se conjoint à toi: dissipe l’horreur qui me revient
vers toi. Laisse que l’ardeur se fasse miséricorde,
laisse que le courage se délite en tout petits
bouts, laisse l’hiver s’étirer important dans
ses cellules, laisse le printemps emporter la
graine de l’indolence, laisse l’été brûler
violent et sans prudence; laisse l’hiver revenir
défait et carillonnant, laisse tout – reviens
à moi; laisse l’hiver reposer dans son lit
de fleuve à sec; laisse tout, et reviens à la
nuit délicate de mes mains. Laisse la saveur
de la gloire à d’autres, laisse l’ouragan se déchaîner.
Laisse l’innocence et reviens à l’obscurité, laisse
la rencontre et reviens à la lumière. Laisse les poignées
qui recouvrent le sacrement, laisse le retard
qui ruine l’après-midi. Laisse, reviens, paie,
défais la lumière, défais la nuit et la rencontre, laisse
des nids d’espoirs, et reviens à l’obscurité, laisse croire
que la lumière est une éternelle comparaison.”

 

(Amelia Rosseli, “La Libellule”, p.41, Ypfilon.éditeur, traduction Marie Fabre, mars 2014)


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