morceau choisi de “trois leçons de poétique” de Jack Spicer

 

 

JS : (…) hyem beggedy skreet um ik schudt merdit tek umpolsya. Ishne betronya temp ? Gah. Kushnee pad ta [martien].

GB : Mais je peux te voir, tu le sais.

JS : Daschnye bootl pont.

GB : En même temps tu produis un autre langage, tu sais bien, par gestes…

JS : Gol sidneye pudya padya. Spa !

GB : Mais ces gens sont … [Rires]

 

(Jack Spicer, “Trois leçons de poétique”, p.16, éditions théâtre typographique, 2013)

quel coussin pour amortir sa lecture en mode chill quand on veut se mettre bien avec un livre ?

La gamme des coussins viande rôti c’est la meilleure gamme pour lire un bon livre c’est une gamme ultra moelleuse ultra tendre comme des tenders on se met carrément bien avec un petit porcelet rôti 100% coton dans le dos pour lire “Milieu” d’Adrien Lafille paru aux éditons Vanloo (https://www.editionsvanloo.fr/) on case tranquillement le groin et la queue en tire-bouchon entre la troisième lombaire et la cinquième cervicale et puis on ouvre le bouquin en plein délassement une page au pif et là effet woaw garanti

“Elles avaient fabriqué les étoiles pour rien puisque le silence arrête les corps qui n’ont pas le silence. Donc Violette a pris la hache et puis elle a cogné très fort dans l’étoile externe pour faire une ouverture, fatigue très grande après ça mais c’était pour avoir moins de fatigue par la suite. Lucie a fait pareil sur l’étoile interne qui était entre l’étoile externe et la maison. Quelques coups de hache ont suffi c’était pas solide c’était vraiment faillible.” (p.70)

à chaque lecture sa gamme perso et adaptée je recommande vivement pour l’avoir testé l’oreiller aile de poulet pour la lecture pépouze de “Basalte et Javel” d’Antonin Veyrac paru aux éditions Supernova (https://www.supernovaeditions.com/category/poesie_contes/) c’est un confort absolument totalement adéquat comme seul peut en offrir un oreiller aile de poulet pour lire ceci

“Se doucher, se laver les dents, écouter le café se faire, allumer sa première clope.
Y’a-t-il un concept pour comprendre tout cela ?”
(p.35)

Enfin nous vous conseillons aimables lecteurs insatiables du haut de notre expertise savante le coussin maïs grillé à se mettre sous la nuque pour se retourner le crâne bien comme il faut en lisant  “MALP” le bouquin de Margaux Frasca paru aux éditions Cormor en Nuptial (https://www.mollat.com/livres/2427602/margaux-frasca-malp#), avec ce coussin on sent que ça craque et que c’est pour le bien de l’os :

“Je cherche toujours le truc que j’ai perdu.
La petite chose a l’air dans mon esprit.
Dans le jardin du centre, les arroseurs automatiques font leur ronde.
Le jet d’eau est interféré par un pot de lavande et renvoyé dans son sens contraire en postillons de vapeur. Il ne déviera pourtant pas de ce pour quoi il est programmé.
ça c’est du spectacle.”
(p.23)

Allez, bisous, et n’oubliez pas de ouater le monde.

mail à un ami

Yo cher ami !

Yes ! Je te souhaite tout l’or du monde, pour qu’il n’y ait plus d’or dans le monde, et qu’ainsi tu fasses comme le Joker dans Batman The Darknight : tu fais disparaître l’or, après l’avoir préalablement utilisé comme toboggan, tout en offrant la chair des possédants aux crocs de tes chiens (quelle saleté d’anarchiste italien du XIXème ce Joker). Je reviens en plus grande forme d’un tunnel cafardeux – on va pas se mentir j’ai rêvé que j’étais un papillon avec les ailes pleines de pétrole et les antennes couvertes de pisse de coccinelle, et maintenant je ne sais plus si je suis pas plutôt ce même papillon qui rêve d’être un homme aux idées poisseuses mélangées à du verre pilé.

J’ai trop de trucs en ce moment, des choses que j’avais à gérer avec l’imprimeur (ça m’a pris trois semaines), des parutions de mon côté (“c’est pas le pied” pour la revue confiture, “poèmes tristes” chez Vanloo et “la vraie vie le retour” chez Karbone) et des tentatives d’exister dans une pure énergie de lumière. Ma découverte ces derniers temps est fondamentale dans ma compréhension du monde, j’aime par dessus tout les histoires et l’énergie de l’action. L’action, au sens des films des années 80, c’est littéralement avoir l’impression de tout défoncer, de faire exploser des décors en carton, de faire vriller la bagnole et de foutre le méchant dans les tortellinis de ses boyaux post-mortem. Valable pour mon écriture, valable pour les éditions. Les histoires, c’est vivre et publier indissociablement en ayant quelque chose à raconter aux autres et à moi-même, genre, ça ne m’intéresse pas de devenir une édition de poésie en batterie (même si c’est louable), pour chaque auteur que je publie je dois me sentir proche, en terme de bière de communion de blabla interminable (comme ici) de trottoirs arpentés et de tranches de WTF. Quand des gens me demandaient “c’est quoi votre ligne éditoriale”, j’avais du mal à répondre ce que je savais depuis le début : je publie des potes, des gens avec qui j’échange, je ris je fonds je grouille je danse. Les histoires, c’est aussi ce que je veux retrouver dans mes recueils, dans mon écriture, des tas d’histoires riches en rebondissements. Je veux une poésie d’aventure. D’aventureS même. Je veux bien faire dans le Pierre Bellemare zinzin de la poésie.

encore diverses propositions relatives à la poésie

on peut mettre des
nanorobots
dans les têtes des gens
pour prendre possession de leurs
fonctions motrices de la langue
et ils seraient obligés de réciter
des poèmes

on crée par
culture incubatrice en suspension
dans un suc nutritif bien
bien bien bon oui sah miam le régal
des clones d’Aragon (ou bien Paul Eluard comme tu veux)
par milliers
ils traînent dans les villes et les villages
on dirait alors des PNJ

la scène :
Bill Murray
il lit de la poésie en se
grattant le cul
et puis il sent son odeur de cul et il dit
jamais caca il n’y eut plus de poésie

une sorte de virus web
quand ton ordi le choppe
y’a des tonnes de pop-up qui popin
avec des poètes chaud·es de ta région
viens vite les découvrir
🍆🍑💦🍆🍑💦🍆🍑💦🍆🍑💦🍆🍑💦

une crypto-monnaie
en poésie
faudrait produire un poème
ce serait la monnaie de base
pour acheter des
carambars par exemple

morceau choisi de “La Libellule” d’Amelia Rosselli

“Toi dissipe si tu veux cette vie dissipée dissipe
toi mes changeantes raisons, dissipe le nombre
trop élevé de requêtes qui m’agonisent :
dissipe l’horreur, déplace l’horreur au bien. Toi
dissipe si tu veux cette faible vie qui se plaint,
car je ne trouve pas, et je n’ose me dissiper. Toi
dissipe, si tu peux, si tu sais, si tu en as le temps
et l’envie, si c’est le moment, si c’est possible, si
sans faiblir tu te plains, cette vie mienne qui ne
se plain pas. Toi dissipe la montagne qui m’empêche
de te voir ou bien d’avancer; rien ne se peut dissiper
qui déjà ne se soit raffaissé. Toi dissipe si tu
veux cette faible vie mienne enchantée à
chaque passage de faible beauté; toi dissipe
si tu veux cet enchantement mien, – toi dissipe
si tu veux mon éternelle recherche du beau et
du bon et des parasites. Toi dissipe si tu peux
mon enfantinage; toi dissipe si tu veux,
ou peux, mon enchantement de toi, qui n’est pas fini:
mon rêve de toi que tu dois forcément seconder,
pour diminuer. Dissipe si tu peux la force qui
se conjoint à toi: dissipe l’horreur qui me revient
vers toi. Laisse que l’ardeur se fasse miséricorde,
laisse que le courage se délite en tout petits
bouts, laisse l’hiver s’étirer important dans
ses cellules, laisse le printemps emporter la
graine de l’indolence, laisse l’été brûler
violent et sans prudence; laisse l’hiver revenir
défait et carillonnant, laisse tout – reviens
à moi; laisse l’hiver reposer dans son lit
de fleuve à sec; laisse tout, et reviens à la
nuit délicate de mes mains. Laisse la saveur
de la gloire à d’autres, laisse l’ouragan se déchaîner.
Laisse l’innocence et reviens à l’obscurité, laisse
la rencontre et reviens à la lumière. Laisse les poignées
qui recouvrent le sacrement, laisse le retard
qui ruine l’après-midi. Laisse, reviens, paie,
défais la lumière, défais la nuit et la rencontre, laisse
des nids d’espoirs, et reviens à l’obscurité, laisse croire
que la lumière est une éternelle comparaison.”

 

(Amelia Rosseli, “La Libellule”, p.41, Ypfilon.éditeur, traduction Marie Fabre, mars 2014)

être éditeur

JE SUIS EDITEUR A MES HEURES PAS PERDUES MÊME QUAND IL FAIT BO DEHORS JE SUIS EDITEUR JE FAIS PAS CA QUE QUAND IL FAIT MOCHE J’ESSAIE D’ETRE EDITEUR NON-STOP UNE SORTE DE SERVICE CONTINU D’EDITEUR UN TRUC QUI SE MAINTIENT J’ESPERE AU MOINS POUR MILLE ANS PARCE QU’APRES MA MORT JE SERAI CRYOGENISE ET JE CONTINUERAI A ETRE EDITEUR DANS LE TUBE COMME ON EST EDITEUR AU SPORT D’HIVER JE SERAI UN EDITEUR TRES FROID MAIS PAS MOINS PASSIONNE.

troll poésie

La troll-poésie en tant que troll-poème via le trollème une espèce frénétique de poésie spumeuse squameuse spammeuse un morceau de viande de merde de sulfure poétique qui croît dans un milieu fluidique à hauteur valeur nutritive condensée (le web les réseaux sociaux) sans s’embrancher à la fibre de l’intime mais plutôt en s’enracinant dans la possibilité d’un fumage complet et pas sorcier des conditions d’existence virtuelle du langage. Poème-fruit d’une rencontre avec un moment du web immédiat, du tout connecté, elle utilise la matière instantanée du web et pourtant paradoxalement instantanément gravée dans le marbre mouvant, pour un laps de temps indéterminé. LE WEB CE GRAND MARBRE MOUVANT. On n’a jamais autant écrit et ce qui est écrit n’est jamais resté aussi longtemps en place, de simples paroles en l’air deviennent de futures épitaphes inexpugnables, gavés aux litres de pixels, de giga, des giga-giga, dans des châteaux forts de serveurs qui rebondissent les uns sur les autres, des châteaux de béton qui se cognent mollement dans le metavers, un troll-poème peut s’y déployer se nourrir d’eau fraîche druidique des lumières lacrymales des écrans rétro-projetés, peut se nourrir d’eau croupie des fonds d’ivresse des blablas intersidérales issus des doigts qui tapotent la pluie et le beau temps dans un ouragan force mille de mots. LE WEB COMME UN GRAND BOL DE SOUPE VERMICELLE-LETTRE. Dès qu’on remue un peu sa connexion tout qui vient à la surface pour la papille de la langue. Le troll-poème comme un poisson dans sa marre qui se marre au cœur du grand web ce village mondialisé où tout peut disparaître au fond des pourriels et des non-vues et des likes impulsifs et des memes enzymes et des gifs dégoulinant et des meutes d’émoticones.